Indonadian empire (sans faute de frappe)
Par JX, mardi 6 décembre 2005 à 15:23 :: Carnet de Voyage :: #4638 :: rss
Hopla tout le monde, mon avion atterit enfin sur la planète blog indonésie aujourd’hui. Arrivée de mon petit Dash 7 à soroako - Sulawesi du Sud

En phase d'approche de la piste de Soroako
Oooouh que c’est petiiiiit (un terrain de golf, quelques maisons semées là au bord du lac ; 7 mosquées et une église, des rizières et la mine/l’usine et on a fait le tour) !!!! pas de doute possible, c’est VRAIMENT perdu au milieu de nulle part… L’aéroport c’est le tarmac et….. voilà : en fait, on sort de l’avion et on récupère ses affaires dans un chariot et on ne rentre même pas dans un batiment : c’est un aéroport de brousse, les gens vous attendent là comme on vous attendrait sur le quai d’une petite gare de campagne. Le soleil tape fort. Je dois dire que ça donne un petit aspect sympathique - qui tend très vite à s’estomper d’ailleurs. La ville, enfin le village, c’est clair que c’est pauvre – beaucoup plus que ce que j’imaginais (je sais pas d’ailleurs comment je pouvais imaginer quelque chose avec le recul, je n’avais quand même pas trop d’informations). C’est assez… déroutant.

La place des Halles de Soroako
C’est clair que les gens ici n’ont de façon générale que très peu de moyens, les fruits, des poissons sèchent au bord de la route, à coté des mobylettes et des animaux, poules, chèvres, chiens, toute la ménagerie est dehors, en plein village… Comme tout n’est pas encore sous le macadam dans la ville, quand il pleut, c’est vite… comment dire… la merde. Pas de doute, avant de postuler à « village fleuri – catégorie 2-3 fleurs », il va falloir passer un bon coup de balai et sortir les pinceaux. Ici les gens font avec les moyens du bord, c’est la débrouille. Mais la plupart ont le sourire, personne n’a vraiment l’air d’être malheureux (peut être parceque beaucoup sont logés à la même enseigne). La plupart des gens qu’on croise nous font de grands sourires, les enfants et les femmes en premier.

Pieds nus dans les cailloux - tout sourire
Je dis la plupart… parfois je ressens comme un certain agacement, mais peut être que je fabule un peu, car il faut le reconnaître, je me suis un peu mis dans la tête que cet endroit n’était pas forcément friendly. En fait, à part l’exploitation de la mine, je pense qu’on n’a rien à faire ici, et notre vie est en décalage total avec les locaux. Peut être que c’est parce que je sais que certains se comportent comme des colons de la première heure que je pense ça. Peut être que c’est à cause des attentats de Bali que je pense qu’on est pas toujours les bienvenus (vous avez vu comme je pense fort ???? Ca se voit que j’ai fait des études, non ???). J’en ai discuté avec les autres « boulés » (c’est comme ça que les indonésiens appellent les blancs qui vivent ici – c’est charmant pour un Français cette expression), et beaucoup d’entre eux pensent au contraire qu’on est une chance pour les locaux, que Soroako est bien moins pauvre que d’autres villes grâce aux emplois de la mine… C’est vrai, il y a un hôpital, un club de golf, et « plein » de choses subventionnées par la compagnie. La compagnie, tout est estampillé de son nom, impossible de faire 5 mètres sans voir le nom de cette compagnie. C’est vraiment une sorte d’organisation tentaculaire. Qui ici n’est pas payé par la compagnie ou n’a pas de compte particulier à rendre à la compagnie ??? Le pêcheur, sur son bateau en bois, le paysan qui a un bout de terrain et qui cultive son riz…

Un pêcheur sur son "trimaran" de pêche
et sinon, je ne vois pas… même la coiffeuse, le marchand de vêtement doit avoir du payer un loyer un jour ou l’autre à la Compagnie qui a construit le marché où est leur boutique. Moi-même indirectement, c’est la Compagnie qui me paie, me nourrit, me loge et lave mes vêtements. On ne peut pas nier que la Compagnie apporte des choses concrètes, mais en même temps c’est impossible d’en sortir, pour un tas de personnes. Pour les locaux, plus de compagnie, ça veut dire plus d’argent pour vivre. Je pense que même pour les expats qui sont ici depuis des lustres, cela serait très dur pour certains, de retourner dans un cadre de vie « normal ». Bref, avec le recul de 4 semaines maintenant, je trouve que ce monopole tout puissant de la Compagnie est assez malsain – enfin c’est mon avis personnel – il n’y a même pas de concurrence indirecte, je veux dire un autre employeur que les gens pourraient mettre en balance pour améliorer je ne sais quoi…. C’est la Compagnie, ou le Néant !!!
Mais revenons-en à nos chèvres, nos vaches et nos poules (qui je l’espère ne sont pas malades même si la médecin du voyage m’a barricadé de vaccins deux jours avant de partir et que j’ai mon tamiflu à portée de main). Je parlerai des autres bêtes plus exotiques plus tard. Bref, comment se passe la vie ici ?
Alors voilà la semaine type : (photos à venir)
4h du matin, le mollah local sort son mégaphone et nous fait une sérénade en la-do-fausse note bémol mineur. Dans mon premier hotel, encerclé par 5 mosquées dans une rayon de 100m, impossible d’en réchapper et pour le coup, à 4h du mat’, ça met un peu de mauvais poil (surtout que ca dure bien 30 minutes). Bon, ça c’est fini parceque j’ai déménagé il y a une semaine aux dorms, Blok A (c’est charmant, je vous promets que c’est vrai… enfin à l’Intérieur). Mais je crois que le Mollah vient de recevoir aujourd’hui 10 nouveaux mégaphones tout neufs qu’il a testé ce matin. A moins que ce ne soit l’effet d’un vent portant.
La mosquée de Wawondula à 4h.... de l'après midi
Ensuite, 6h du matin, direction la douche. Froide ou inexistante pendant les 3 premières semaines, je crois que les plombiers locaux sont pires que ceux de NZ. En tout cas, les chambres de la Compagnie sont plus fiables de ce point de vue, merci la Compagnie tentaculaire toute puissante – bénie sois-tu. Après, presque tout le monde s’habille dans ce que j’appelle la tenue de prisonnier, tous en bleu marine anti feu pour être prêt à aller se salir au boulot. Au début je ne la mettais pas par peur de l’abimer vu qu’elle est si belle, mais quand j’ai vu que mes propres affaires ne craignaient absolument rien, je me suis décidé à la porter tous les jours – un agrément sans pareil.
Bref. 6.30, direction le TAB (la cantine), pour retrouver tous vos collègues de travail pour un petit déjeuner convivial. Amateurs de tranquilité le matin, bonsoir (ou bonjour plutôt).
6.45, Moment de plaisir rare, démarrage de la Toyota Kijang, la voiture de tout le monde (enfin, tout le monde en a une), une sorte de 4x4 2 roues motrices à la vocation familiale (sur la carte grise, c’est marqué minibus) et conçue dans le but de séduire les f….oules. Construction locale, design local, moteur 1.8 pour 1 tonne 7, suspension à Lames et climatisation obligatoire (je crois qu’on peut pas l’éteindre – de toutes façons il fait chaud tout le temps), un concentré de plaisir automobile. Bref, c’est avec une certaine fierté qu’on prend sa Kijang pour aller au travail. Le top du top c’est la Kijang SGX ou Krista avec vitres électriques, jantes alu et condamnation à distance. La c’est la Kijang du minet, j’en ai eu une pendant 2 semaines – attention respect. Un quart d’heure de route à rythme indonésien (50 à l’heure) dans la montagne pour se rendre au travail.
7.00 Arrivée aux portes de l’usine : accueil par la sécurité qui fouille chaque véhicule pour je ne sais pas trop quelle raison + le petit truc qui fait bien ambiance, le petit miroir pour voir si par hasard vous auriez pas décidé d’importer frauduleusement des géraniums résistants au dioxide de soufre sous la voiture. Les mecs de la sécurité, c’est ceux qui font le plus peur ici, il ne sourient jamais, ils se la jouent à fond et ils se prennent pour de petits militaires – ce à quoi ils ressemblent. Enfin c’est comme partout. Sauf qu’ici, ils doivent être corrompus jusqu’à la moelle comme la polda (prenez votre dico indonésio-français)… Je passe ? « Makassi Pak Security-mon » (Merci monsieur sécurité – oui, je parle indonésien maintenant)
7.00 – 17.00 ou plus pour les accrocs : « Selamat Baaaagiiiiiiiiiiiiiiiiii tout le monde ! » (bonjour). « Apa Caba (commen ça va) ? » « Bike Bike » (Bien bien… mon moyen de m’en souvenir, c’est de penser « ça roule »=vélo=bike -> easy… je vous impressionne là, hein ?) Bon ,j’ai fait le tour de ce que je sais… Le seul autre truc que j’ai retenu, c’est « suka Indonesia » (j’aime l’indonésie – rien de tel qu’un petit mot gentil en cas d’incompréhension totale). Et c’est la journée de boulot qui commence, de réunions de chantier en réunion de projet, d’emails en emails, course en Kijang sur les pistes poussiéreuses ou boueuses entre l’atelier du contractant de construction, le chantier de montage de la grue, le petit café avec Joko – chef d'équipe - pendant que la Kijang est bloquée par un gros camion grue 10 T à 3 kms du bureau, le Warehouse, le Workshop et le bureau d’ingénierie de la Compagnie. Bref, une journée remplie bien comme il faut et en général vraiment intéressante et complètement exténuante. Pas tant pour avoir bougé partout… Le pire, c’est les réunions avec les indonésiens. Pour ma part, méa culpa, je ne parle pas vraiment indonésien à part « suka Indonesia » ce qui ne permet pas vraiment de se mettre d’accord sur comment on va la monter, cette foutue grue qui est encore coincée à la douane de Malili pour je ne sais quelle raison. Yusuf, Kukuh et Slamet parlent anglais, mais franchement, c’est difficile pour moi de comprendre ce qu’ils racontent (maintenant je retiens les prénoms et ce que font ces gens, ça aide un tout petit peu déjà), et là où ça devient mortel, c’est quand ils se mettent à parler indonésien entre eux pendant un quart d’heure alors que vous sortez de la table de la meilleure auberge du coin (Le TAB)… en tout cas c’est chouette de voir les travaux avancer et de régler les problèmes d’organisation. J’aime bien. Bon, ça n’empêche pas que certaines procédures sont franchement brise – nuts… L’usine, il faut voir ça comme une énorme machine à bouffer du minerai, nourrie par de gros camions Caterpillar (charge utile 180T) avec des roues de 5 mètres prêtes à vous écrabouiller (hein Gros Lolo !) qui tournent tout autour de l’usine dans la boue et le paysage dévasté. C’est très rigolo, si si, c’est le bac à sable à grande échelle. Le process est impressionnant. Ca se chiffre en milliers de tonnes, en millions de mètres cubes, à des centaines de degrés, à des milliers de Volts dans un environnement noir (cendre) et boueux, avec qqs touches de rouge de métal en fusion. C’est vraiment impressionnant (pas raffiné pour un sou, mais c’est puissant quoi). Bon, c’est sur, c’est pas le bureau feutré top design ou on se pointe bien habillé et bien parfumé, là c’est la tenue de prisonnier, le masque à gaz, lunettes, casque et chaussure de sécurité et ainsi de suite… Sexy quoi.

Un prisonnier sur un "triple seven" 180T
5.00, descente vers la ville en Kijang (et en tenue de prisonnier), une bonne douche et repas super raffiné au TAB avant d’aller faire dodo parce que vous êtes un tout petit peu fatigué et que de toutes façons, je n’adhère pas trop avec la vie d’expat dans ce genre de petit trou paumé. De bière en bière, de bar en bar, et ainsi de suite, l’expat a le soir une vie passionnante façon étudiant dépravé ou alors à l’opposé une vie de moine. Et pour reprendre une expression qu’un indonésien m’a apprise ce matin, « No money, No Honey » disent les filles ici. Des explications ? Après, on s’endort en rêvant à la prière du Mollah du lendemain matin, toujours 4h, tout en remerciant Allah que ramadan soit passé sans quoi ça serait 2h30.
Bon, je suis motivé pour continuer, mais je vais vous laisser digérer tout ca, moi ça m’a pris un peu de temps, et j’ai découvert ça en une semaine, alors ça vous en fait peut être un peu beaucoup. Je vous rassure tout de suite, le prochain épisode sera plus vert, ludique et moins réflectivo – parano – gris. Et si je vous le donnais tout de suite, vous ne liriez pas celui là…
Allez, à Bientôt !!!
Commentaires
1. Le mardi 6 décembre 2005 à 16:38, par G@27
2. Le mardi 6 décembre 2005 à 18:01, par ben
3. Le mercredi 7 décembre 2005 à 05:35, par pa
4. Le dimanche 11 décembre 2005 à 22:42, par Eric
5. Le samedi 24 décembre 2005 à 16:04, par laetitia
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